Nous sommes le mardi quatre décembre deux mille sept, en milieu de matinée dans un lycée de la région parisienne. Une jeune fille, enroulée dans une écharpe sombre, son regard vide, sa musique couvrant les bruits avoisinants, est adossée contre un mur, les mains enfouies dans les poches de son manteau pour les protéger du froid. Ses cheveux noirs de jais lui tombent en cascade sur les épaules, quelques mèches lui cachent le visage mais laissent entrevoir ses yeux verts émeraudes. Quoi de plus banal me direz-vous, une adolescente dans une cour de récréation ? Pourtant, elle n'est pas ordinaire. Il y a trois ans, effectivement, on aurait pu dire cela d'elle mais plus maintenant.
De l'autre côté, un jeune homme est entouré comme à son habitude de plusieurs filles qui se ressemblent toutes. Lui, à l'inverse, peut être qualifié d'original : des habits trois fois trop grands pour lui, un bandeau superposé d'une casquette vissée sur la tête, un style digne des plus célèbres rappeurs américains! Il a déjà remarqué cette brune solitaire et s'est souvent interrogé sur elle, il la trouve mystérieuse. Cela l'intrigue, il voudrait en savoir plus, mais n'ose pas l'aborder ce qui provoque souvent de violentes disputes entre lui et son égo démesuré. En effet, ce garçon aime beaucoup s'amuser avec le c½ur des dames, il joue de son charme qu'il sait irrésistible. Il n'a jamais hésité auparavant à accoster une personne qu'il désirait connaître, pourtant avec elle, il semble faire un blocage. Encore aujourd'hui, il la regarde et pense, il se demande de quoi sa vie est faite, ce qu'elle aime, quelles sont ses passions, quel style de musique écoute-elle ? Tout une montagne de questions auxquelles il n'a pas de réponses. La sonnerie retentit, lui, il ne s'en aperçoit pas, il reste plongé dans sa réflexion. C'est une jolie blonde qui le ramène à la réalité.
- «Chris, tu viens, on va être en retard! Puis, qu'est-ce que tu regardais de si passionnant ?! Le questionne la jeune femme.
- Rien. » Dit-il en se dirigeant vers la porte du bâtiment, sans prendre la peine d'attendre son amie.
L'adolescente solitaire, elle aussi, a regagné sa salle de cours. Durant son cours de mathématiques, matière qu'elle n'a jamais apprécié ni compris, elle écrit ce qui lui passe par la tête, elle s'invente une autre vie que la sienne, comme à son habitude. Les remarques du professeur sur son attitude l'indiffère, plus rien n'a d'importance pour elle aujourd'hui. Un peu plus, un peu moins, cela ne fait pas de grands changements.
Pendant ce temps, le dénommé Chris s'amuse à répondre à son enseignante d'espagnol, jusqu'à ce qu'elle ai les nerfs à vifs. On est loin du jeune garçon rêveur de tout à l'heure. C'est sa double personnalité. D'un côté, le séducteur, charmeur, provocateur. Et de l'autre le rêveur qui aimerait avoir de vrais amis et de vraies petites copines, de savoir ce que l'on ressent quand on est amoureux. Deux caractères totalement opposés réunis dans une même personne.
Dix-sept heure trente, la fin des cours, tout les jeunes étudiants se précipitent en dehors du lycée. Il rentre chez lui déçu, encore une fois, de ne pas avoir trouvé le courage de lui parler. «Un autre jour...» se rassure-t-il tout seul, en regardant par la vitre du train qui le ramène chez lui.
Le lendemain, même heure, même endroit, même situation. Le jeune homme s'amuse avec ses amies qu'il a décidé d'arroser. Pour se venger celles-ci le pousse dans le wagon voisin du leur et l'enferme dedans. Après avoir pester derrière la porte pour qu'elle s'ouvre, il s'est retourné et son c½ur s'est mis à accélérer sans qu'il n'y puisse quoi que ce soit. Sa mystérieuse brune est assise un peu plus loin la tête dans les nuages. Pour lui, il n'y a aucun doute c'est un signe du destin, il faut qu'il noue un contact maintenant. Il se positionne donc en face d'elle et engage la conversation :
- «Salut !» Aucune réponse.
- «Cela fait quelques temps que je voulais te parler mais je n'osais pas. Poursuit-il en jouant la carte de la sincérité. A cette phrase la jeune fille arque un sourcil, signe d'incompréhension.
- J'ai encore tué personne! Réponds-t-elle d'un ton froid.
- Tu t'appelles comment ? Il craint sa réaction mais tente quand même de lui poser la question.
- Pourquoi tu veux le savoir ?! Si c'est pour me mettre dans ton lit comme les autres filles, ce n'est même pas la peine d'essayer !
- Non, c'est parce que tu m'intrigues, je veux en savoir plus de toi, te connaître.
Elle semble visiblement déstabilisée pour la réponse de son interlocuteur et préfère détourner le regard vers la vitre du train. Après une fraction de seconde, la pancarte de son arrêt apparaît à travers la fenêtre. Elle prend son sac et s'apprête à sortir mais recule et lance à Chris «Je m'appelle June!». Celui-ci la regarde descendre et sourit, heureux de connaître au moins son prénom. June, signifiant «juin» en anglais, son mois de naissance, son prénom lui a été donné en honneur du pays d'origine de ses parents, l'Angleterre. Elle rentre chez elle et monte directement dans sa chambre, son refuge. Elle dépose son sac dans un coin de la pièce et met un disque dans la chaine-hifi. Les Beatles, cela peut paraître ancien et ringard mais elle aime bien. C'est comme cela qu'elle tue son temps en écoutant de la musique et en écrivant.
Le lendemain, c'est un Chris heureux de sa brève discussion avec June qui franchit les portes d'entrées pour rejoindre ses amis. Et, comme d'habitude, son regard divague. Elle n'est pas là, tant pis, il se contentera de penser à elle.
A l'interclasse, il l'aperçoit au bout du couloir et se dirige vers elle d'un pas ferme. Lorsqu'elle se rend compte qu'il s'avance dans sa direction, elle tente de l'éviter. Mais il crie son nom et la rattrape par le bras. La brune grimace intérieurement mais ne montre aucun signe extérieur, elle veut échapper à un interrogatoire.
- «Pourquoi tu me fuis ? Lui demande-t-il visiblement déçu de sa réaction.
- Pourquoi tu t'obstines à vouloir me connaître ? Ce n'est pas parce que je t'ai donné mon prénom que l'on va devenir amis !
- Et pourquoi pas ?
- Parce que je n'en ai pas envie !
- Vraiment ?
- Oui. Murmure-t-elle en détournant le regard. Elle ment, il le sait, en vérité elle aussi voudrait tissé quelque chose avec lui, mais elle est méfiante.
- Comme tu voudras mais ça ne durera pas je suis très têtu, June!» Dit-il en lui lâchant le bras. Il tourna les talons en laissant derrière lui une June encore plus perdue qu'avant.
Cachée derrière un poteau, une petite rousse n'a pas raté une seule miette de la scène qui s'est déroulée sous ses yeux. Chris est à elle, elle ne laissera personne lui prendre et elle est bien décidé à le faire comprendre à cette «June».
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Pix : June (prononcer D'Joune)
Joy POUR ETRE PREVENUE C'EST ICI > XxX MES-HURLEMENTS-SOURDS